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Portefeuille européen d'identité comment garder le contrôle

Votre carte d'identité, votre permis, vos diplômes et bientôt vos moyens de paiement devraient, d’ici la fin de l’année, tenir dans une seule application sur votre téléphone. Ce n'est pas un lancement produit d'un géant du numérique. C'est une obligation qui pèse sur chaque État de l'Union européenne depuis le règlement (UE) 2024/1183 du 11 avril 2024 sur le portefeuille européen d'identité numérique.

Le calendrier est public et il est court : la Commission européenne rappelle sur sa page dédiée que « les États membres rendront les portefeuilles disponibles pour chaque citoyen, résident et entreprise d'ici la fin 2026 » (Commission européenne).

À quoi va servir ce portefeuille

Le règlement ne se limite pas à un fac-similé de carte d'identité. La Commission liste onze usages cibles pour le wallet européen :

  • ouvrir un compte bancaire,

  • présenter un permis de conduire,

  • signer un contrat électroniquement,

  • retirer une ordonnance en pharmacie,

  • prouver un diplôme,

  • s'inscrire à une ligne mobile,

  • présenter un titre de voyage,

  • accéder à ses prestations sociales,

  • vérifier un paiement,

  • prouver l'identité d'une organisation, et

  • se connecter à des services publics (digital-strategy.ec.europa.eu).

Un même conteneur, contrôlé depuis le smartphone, pour un panel d'attestations qui vivaient jusqu'ici dans des silos étanches.

Techniquement, le wallet repose sur un cadre commun appelé Architecture and Reference Framework publié par la Commission avec une implémentation de référence en open source. Les pilotes en cours mobilisent plus de 550 organisations dans les 26 États membres (+ la Norvège, l'Islande et l'Ukraine). La certification des solutions nationales relève de l'ENISA dans le cadre du règlement.

Le dispositif existe déjà en France : France Identité

Le pendant français existe déjà et ne s'appelle pas « portefeuille européen » sur le magasin d'applications. C'est France Identité édité par France Titres. L'application accepte la nouvelle carte nationale d'identité au format bancaire, exige un smartphone iOS 16.6 ou Android 11 minimum équipé du NFC et est réservée aux majeurs.

Elle sert déjà à s'authentifier à plus de 1800 services publics et privés via FranceConnect « sans identifiant ni mot de passe », à générer des justificatifs d'identité à usage unique par exemple pour une location et à présenter ses documents en personne par contact NFC. Depuis le 24 juin 2026, France Identité est reconnue dans tous les aéroports français pour l'enregistrement des bagages et l'embarquement. Le tuyau français dans lequel viendra se brancher le futur portefeuille européen est donc largement posé.

Ce que le texte protège sur le papier

Le règlement 2024/1183 a intégré, sous la pression des autorités de protection des données et de la société civile, plusieurs garde-fous qu'il est utile de connaître avant d'utiliser le wallet.

Le premier est la séparation des données. Le considérant 12 énonce l'intention du législateur : les données du portefeuille « devraient être maintenues séparées, de manière logique, de toute autre donnée ». L'obligation contraignante est ensuite portée par l'article 5 ter du règlement 910/2014 modifié. Autrement dit, le fournisseur du wallet n'est pas censé mélanger vos attestations avec le reste de ses traitements.

Le second est le pseudonymat. Le considérant 22 précise l'intention avec des « pseudonymes choisis et gérés par l'utilisateur pour s'authentifier lorsqu'ils accèdent à des services en ligne » ; l'obligation opérationnelle figure à l'article 5 bis paragraphe 4, qui impose au wallet de permettre « de générer des pseudonymes et de les stocker localement sous forme chiffrée ». Le service qui accepte le wallet ne peut pas exiger votre identité complète si la loi ne l'impose pas. Vérifier que vous avez plus de 18 ans ne devrait plus permettre de récupérer votre nom, votre adresse et votre date de naissance en prime.

Le troisième est la minimisation, un principe déjà central du RGPD, réaffirmé pour le wallet : un service ne doit vous demander que les attributs strictement nécessaires à sa finalité.

Les points qui restent inquiétants

Ces garanties ne suffisent pas à évacuer les critiques de fond. La Quadrature du Net alertait déjà en 2022 sur un autre volet d'eIDAS 2, l'article 45 imposant aux navigateurs de reconnaître automatiquement certaines autorités de certification désignées par les États : selon l'association, « les navigateurs web ne seraient pas légalement en mesure de refuser ou de retirer l'Autorité de certification » en cas de faille, ce qui abaisse le plancher de sécurité du web européen. Ce volet est distinct du wallet mais fait partie du même paquet législatif.

Sur le wallet lui-même, le principe même de conteneur unique interroge. Un smartphone perdu, un compte compromis, un fournisseur d'identité victime d'une fuite deviennent des points de défaillance beaucoup plus graves qu'un vol de carte Vitale isolé. La certification ENISA vise à limiter ce risque mais aucune certification n'a jamais garanti l'invulnérabilité d'une application grand public.

Reste enfin la question de l'alternative. Le règlement oblige les États à maintenir des solutions non numériques pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas utiliser le wallet. En pratique, la vigueur de cette alternative dépendra de l'appétit des acteurs privés à ne pas transformer le portefeuille en passage obligé pour ouvrir un compte, souscrire un contrat ou embarquer dans un avion.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Le portefeuille européen a un intérêt réel pour vous éviter des collectes excessives. Encore faut-il s'en servir dans le bon sens.

Sur un service récurrent auquel vous accédez chaque semaine, l'authentification classique par mot de passe et double facteur reste souvent plus discrète : elle ne présente pas votre identité à chaque connexion. Le wallet prend en revanche son sens dans les vérifications ponctuelles où vous n'aviez jusque là aucun contrôle sur ce qui était transmis, comme la présentation d'un âge ou d'un diplôme. À chaque requête d'attribut, l'application affiche ce que le service demande. Refuser une demande qui va au-delà du strict nécessaire est le comportement attendu par le règlement.

L'autre levier est de ne pas renoncer à l'alternative. Continuer à demander une pièce d'identité papier, un dossier RIB physique ou une inscription sans wallet quand c'est prévu maintient le rapport de force. Un droit qu'on n'exerce jamais disparaît de fait, même s'il figure dans un règlement européen.

Le vrai levier de fond reste en amont : plus vous multipliez les services qui détiennent une copie de vos données d'identité, plus la fuite d'un seul d'entre eux vous expose. Savez-vous auprès de combien d'acteurs traînent aujourd'hui votre nom, votre adresse et votre numéro de sécurité sociale ? Fairmi cartographie votre exposition et vous aide à réduire cette surface avant l'arrivée massive du wallet dans votre quotidien numérique.

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